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Fidget : entre anti stress, stimming et agitation

  • Rédactrice d'autiste et bipolaire
  • 26 déc. 2025
  • 6 min de lecture

Des exemples de fidget
Des exemples de fidget

Depuis l'enfance, j'ai une tendance à triturer les objets qui me passent entre les mains. Mordiller les cols de tee-shirts, faire tourner les stylos entre mes doigts, jouer avec mes fermetures éclairs ou mes clés... ces gestes sont révélateurs de mon anxiété, de mon hyperactivité ou encore de mes particularités sensorielles. En cela, ils font partie des comportements fréquemment rencontrés dans le TSA, le TDAH et les troubles anxieux. Et même si aujourd'hui cela prend des formes plus discrètes, j'ai toujours besoin de m'autostimuler ou de réguler mes émotions, mon agitation et ma concentration.

Ce constat m'a donc conduit à m'intéresser aux fidget (aussi appelés stimtoys), des objets créés exprès pour satisfaire ces besoins. Il en existe de toutes sortes : handspinner, balle anti stress, pop it... Certains font du bruit, tournent, ont des paillettes ou diverses textures. J'avais donc envie de me faire un avis général sur l'usage des fidget par rapport à mes comportements classiques. Mais aussi, je me demandais, parmi la grande variété existante, s'il y avait des fidget qui répondaient à mes besoins. Maintenant que j'en ai une petite collection, je pense pouvoir donner quelques éléments de réponse.


L'importance de l'agitation motrice


Parler de l'utilité des fidget revient à accepter l'existence des manifestions d'agitation motrice et même à réfléchir à un outil pour les exprimer. Pourtant, cette idée n'a rien d'évident. On a plutôt tendance à reprocher aux enfants agités d'être bruyants et perturbateurs. Ou encore, on m'a déjà encouragé à adopter un comportement "normal" pour éviter qu'on remarque mes troubles. On pourrait donc me rétorquer que les fidget sont problématiques puisqu'ils encouragent cette agitation plutôt que de la faire disparaître. Il me paraît donc utile d'expliquer en quoi cette agitation fait partie de mon fonctionnement et qu'il est à la fois impossible et néfaste de la supprimer.

Un même comportement, par exemple jouer avec le capuchon d'un stylo, peut s'expliquer de plusieurs manières. Cela peut être un signe d'anxiété ou d'agacement, une manière de rester concentrée, une recherche de sensations tactiles ou auditives, ou encore l'expression d'un besoin irrépressible de bouger. Les gestes répétitifs m'aident à me concentrer et à canaliser mes émotions en créant un cadre stable. Les stimulis sensoriels (bruit, texture) me permettent de me recentrer sur ce qui m'entoure et m'apaisent. Pouvoir bouger me permet de limiter mon hyperactivité mentale et mon impulsivité. C'est une forme de régulation qui m'est donc nécessaire à plusieurs niveaux.

De toute façon, il est impossible d'y mettre fin. Quelques fois, j'ai essayé de rester calme, mais je me rendais vite compte de l'effort que cela me demandait. Cela en devenait contre-productif puisque j'étais incapable de me concentrer sur autre chose. De fait, j'ai aussi voulu me faire la plus discrète possible, jouer avec des stylos silencieux, les cacher dans ma poche. C'est une adaptation normale, qui explique pourquoi souvent les adultes paraissent moins agités que les enfants, même en ayant les mêmes troubles. Cela permet d'avoir un comportement qui paraît plus adapté, mais cela ne change rien à l'existence de l'agitation. Ainsi il faut admettre que c'est un besoin et donc que ça vaut le coup de réfléchir au meilleur moyen de le satisfaire.


Petit tour d'horizon de mes fidget


Puisque les fidget peuvent s'utiliser dans de nombreux contextes, il est logique qu'il en existe une grande diversité. A chacun ensuite de choisir ceux qui correspondent à ses besoins. Dans mon cas, j'ai réfléchi en fonction des quatre utilités que je voyais : autostimulation, régulation émotionnelle, concentration, régulation de l'hyperactivité.


Autostimulation : me recentrer sur mes sens

C'est donc cette pratique dans l'autisme qu'on appelle aussi stimming. Dans mon post sur mes particularités sensorielles, j'avais ainsi expliqué avoir des hyposensibilités au niveau de certains sens, par exemple la vue, le toucher ou la proprioception. Je vais donc avoir tendance à rechercher des stimulations touchant ces sens. Pour la vue, cela passe notamment par des fidget très colorés ou avec du mouvement, par exemple des bouteilles sensorielles ou des fidget qui tournent. Pour le toucher, je vais être assez sensible à ceux avec des textures rugueuses par exemple. Enfin, même si c'est moins évident les fidget lourd sont assez efficaces pour la proprioception. Ce sont ceux qui correspondent à mes particularités sensorielles mais il en existe d'autres. Notamment, il en existe à macher ce qui aurait pu me servir plus jeune.


Régulation émotionnelle : calmer la colère et l'angoisse

Manipuler un fidget se révèle assez efficace quand je suis énervée ou anxieuse, à condition de trouver les bons. Globalement, il s'agit de pouvoir extérioriser l'émotion, de manière à éviter les ruminations. J'ai donc besoin de sentir une modification du fidget quand je le manipule. Pour l'anxiété, les balles anti stress sont assez efficaces, à condition qu'elle se déforme suffisamment. Quand je suis en colère, je me suis rendue compte que les fidget qui faisaient du bruit étaient les mieux. En effet, le bruit m'apaise et limite mes ruminations en redirigeant ma colère. J'ai ainsi une balle remplie de billes qui s'entrechoquent quand je la sers et un autre fidget qui reprend le principe du papier bulle.


Maintien de la concentration : canaliser les distractions

Même si cela peut paraître paradoxal, certains fidget m'aident à rester concentrée. Globalement, faire un geste très répétitif n'est pas perçu comme une distraction supplémentaire. Au contraire, en me focalisant dessus, je vais avoir tendance à être moins distraite par les autres stimulations. Evidemment, cela ne fonctionne qu'avec un fidget silencieux et vraiment régulier. Je n'en ai pas trouvé beaucoup mais ceux avec une petite bille métallique à faire rouler fonctionnent.


Hyperactivité : bouger discrètement

Trouver un fidget pour réguler mon hyperactivité n'a vraiment pas été le plus compliqué. Finalement, n'importe quel fidget qui bouge et qui tient dans une poche remplit cette fonction. Dans mon cas, je voulais aussi qu'il soit silencieux, puisque mon hyperactivité se manifeste notamment en réunion. A l'usage, je me suis rendue compte que celui que j'utilisais pour me concentrer avant tendance à être trop régulier et prévisible pour les moments où j'ai surtout besoin de bouger. J'ai une bague faite de deux anneaux qui peuvent tourner qui est assez efficace, ainsi qu'un fidget fait d'éléments de chaines métalliques qui tournent.


Gadget ou achat utile ?


On peut se demander si toute ma panoplie de fidget est vraiment mieux que mon bouchon de stylo habituel. Après tout, j'ai passé des années sans, en trouvant dans mon quotidien ce dont j'avais besoin. Effectivement, les fidget ne sont pas indispensables. Et il peut être intéressant de comparer les avantages et inconvénients des fidget par rapport à cet habituel stylo.

Tout d'abord, le fidget est un objet assez connoté. La plupart des adultes qui en possèdent ont des troubles psychiatriques. Le stylo a l'avantage d'être un objet des plus banals et donc même jouer avec est perçu comme plus normal. C'est d'autant plus vrai que beaucoup de fidget ont des designs assez enfantins, notamment dans les couleurs. Cela s'explique par le fait que c'est souvent un besoin sensoriel mais aussi par le fait que les fidget sont surtout fait pour les enfants. Le dernier défaut que je vois tient peut-être surtout à ma propre manière de faire. J'ai tendance à tout décortiquer, à réfléchir au meilleur fidget dans chaque situation. Et j'ai peur de rendre compliqué un comportement très simple.

Malgré ces quelques défauts, je suis convaincue de l'utilité de mes fidget. En premier lieu, les manipuler m'évite de risquer d'abimer des objets qui ne sont pas fait exprès. Cela me permet aussi de contrôler ma recherche de sensations et donc de ne pas me blesser. Bien utilisés, les fidget sont aussi souvent plus discrets, plus silencieux. Cela limite la gêne pour les autres et m'évite de me faire remarquer. Enfin, avoir un objet dédié à tous ces comportements qu'on m'a souvent dit d'arrêter est une manière de me sentir légitime.


Finalement, mes fidget se révèle un outil efficace pour gérer mes troubles. Peu à peu, j'apprends à m'en servir au mieux pour réguler mon anxiété ou ma colère. J'y trouve aussi une utilité en terme d'autostimulation et je ressens parfois un effet positif sur mes capacités de concentration. J'ai sans doute bien des ajustements à faire, qui viendront avec une meilleure compréhension de certains mécanismes en lien avec mes troubles. Mais au-delà de m'aider à canaliser mon agitation, les fidget m'ont permis d'assumer ces comportements jugés gênants. Maintenant, je peux considérer que j'ai le droit d'exprimer mon agitation. Contrairement aux remarques qu'on a pu me faire, il s'agit d'un comportement normal, que je n'ai pas à réprimer. Ainsi les fidget, simplement parce qu'ils ont été conçus pour permettre l'agitation plutôt que pour la supprimer, peuvent aider à lutter contre la stigmatisation.

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